Une fête afghane en terre bourguignonne.

Venus de Lille, Strasbourg, Grenoble et Paris , nombreux étaient les participants- plus de deux cents peut-être -, à s’être retrouvés les 5 et 6 Juillet aux 6èmes rencontres de Dijon, organisées par AFRANE, à l’initiative d‘Etienne Gille, président d’Afrane et de Zia Sanehy vice-président et de Marc Gröllemund président du comité local de Bourgogne pour célébrer l’amitié franco-afghane.

Ces deux journées riches d’informations et de rencontres furent ponctuées de conférences, de films, de musique et de poésie, autour de l’exposition des photos de Chantal Potet qui à travers visages et paysages disent avec force et simplicité l’inépuisable et douloureuse beauté de Afghanistan. La vente d’artisanat où bijoux d’argent et étoffes chatoyantes colorent l’imaginaire apportait sa touche raffinée de couleur locale.

Ce programme a donné aux visiteurs l’occasion de découvrir et de mieux comprendre l’Afghanistan avec des Afghans tout à la joie de se retrouver et d’échanger leurs points de vue sur la reconstruction du pays.

Monsieur P. Lafrance ancien ambassadeur de France au Pakistan, président de l’ONG Madera montra en connaisseur averti de toute la région que les relations actuelles entre l’Afghanistan et le Pakistan s’éclairaient à la lumière d’un très lointain passé bien antérieur aux Etats eux-mêmes et s’expliquaient par une géographie physique déterminante où un ensemble de cols reliant de vastes bassins fluviaux a modelé les espaces des populations sédentaires, lieu de très anciennes et brillantes civilisations, en regard des zones de passage et de conquête traditionnellement dévolues aux nomades. Ainsi les deux pays face au danger du terrorisme international logé dans ces glacis frontaliers seront-ils amenés à trouver des solutions communes en développant une politique commune fondée sur la notion de «co/responsabilité ».

Cette vision est pleinement partagée par Monsieur Omer, ambassadeur d’Afghanistan qui rappelle la création à Kaboul en Août 2007 d’une Assemblée de Paix composée d’élus des deux côtés de la frontière afghano-pakistanaise pour lutter contre la pauvreté et développer l’éducation. La prochaine assemblée devrait  se tenir au Pakistan.

La conférence du lendemain donnée par Laurence Ravinet , professeur de Français à Djalalabad , puis coordinatrice pédagogique de Juin 2005 à Juillet 2007 était un exposé très clair et très précis sur l’action d’Afrane, à travers un état des lieux et des enjeux, illustré par des photos d’écoles construites ou en cours de l’être… Si la situation s’améliore incontestablement, des pans entiers restent encore à développer surtout dans le domaine de la formation des professeurs. Le propos de Laurence, fruit d’une expérience de terrain courageuse et lucide ne cherchait pas à faire illusion, a su comme toujours communiquer à son auditoire la force de sa conviction. Poursuivre sans relâche ce travail avec le concours des Afghans, telle est bien l’évidence qui semble s’imposer.

Les deux films projetés : l’un, UNE MAISON AFGHANE produit par l’Association <<   Afghanistan demain >>, l ’autre << RÊVE de LUMIE RE >>produit par les Ateliers Varan avec le concours de l ‘INA montraient chacun la souffrance et la misère au quotidien. Des enfants des rues - orphelins recueillis par l’association- ou membres de familles nombreuses, tous sont confrontés au même dénuement absolu et cherchent un moyen de survivre ( par exemple trouver un peu de bois pour la cuisine de leur mère) en rêvant d’aller à l’école …

Dans le même temps, dans un autre quartier pauvre de Kaboul, l’alimentation électrique dépend d’inextricables écheveaux de fils accrochés à un poteau branlant et démêlés par un employé, à mains nues dans une gerbe d’étincelles… Entre résignation et obstination, la vie continue, surexposée à tous les maux… l’espoir en prime.

La poésie du grand poète Sayd Bahoddin Madjrouh* qui parcourait les camps du Pakistan pour apporter son réconfort aux réfugiés quand il fut assassiné en 1988, était la voix de l’âme afghane exprimant sa souffrance et sa tension exigeante contre les puissances du mal.

Des quatre musiciens invités, trois venaient d’Allemagne, Nessar Attaie jouant le rubab, Farid Hussain le tablâ et Wahidi, le chanteur s’accompagnant à l’harmonium, à la demande de Mr. Zaher qui sut avec la sensibilité musicale qu’on lui connaît les associer aux percussions de Nejrawi Gholam venu avec lui de Strasbourg. Ils unirent magistralement leur talent à celui de la graphiste Roshanak Ostad pour évoquer l’œuvre de Madjrouh

Des extraits d’Ego Monstre donnèrent à voir et à entendre les mots du poète en quête de la mystérieuse messagère des âmes, la belle Princesse des ténèbres qui n’est autre dans cette métaphore amoureuse qu’un appel mystique de l’Absolu. La musique en exprima si intensément la beauté que trois danseurs s’avancèrent spontanément comme portés par l‘émotion avec la grâce d’une gestuelle de bas-relief gréco - bouddhiques. La magie de la danse opéra sur toute l’assistance et une ferveur communicative se propagea très vite en un large cercle d’hommes que l’on vit danser à pas légers et rythmés, en se penchant en cadence tantôt vers l’intérieur, tantôt vers l’extérieur de cette ronde : l’attan les unissait.

Le repas afghan du lendemain autour de tables délicatement décorées de fleurs faisant écho aux larges et magnifiques cerfs-volants de Nasser XX fut le point d’orgue de ces moments de convivialité grâce aux longs et minutieux préparatifs du cuisinier aidé du toujours souriant Aziz auxquels avaient été associés une vive et diligente équipe de jeunes afghans empressés à satisfaire leurs hôtes.

Puis il fallut se quitter non sans avoir fait vœu de continuer inlassablement à soutenir les enfants d’Afghanistan, à travers le vibrant appel de Zia Sanehy à ses compatriotes pour qu’ils unissent leurs efforts, appel entendu et repris par M. Rawan Sarhadi, ancien représentant de l’Afghanistan à l’ONU, à travers des paroles empreintes de souriante gravité qui ne font pas moins de l’optimisme une force de combat.

Remercions et saluons toute l’équipe des organisateurs et des organisatrices inlassablement actives , pour cette belle manifestation, en y associant aussi tous ceux qui se sont spécialement déplacés, notamment monsieur l’Ambassadeur Omer.

Rappelons aussi pour mémoire quelques uns des livres qui ont été présentés:

P. Lafrance : Du temps de Benazir Bhutto

M. Nouri : L’Afghanistan, jardin des ethnies (en dari, non encore traduit)

Mme Naya Serrat : journal de son père, Ministre des finances (période de 1964) et de l’information qui a aussi contribué à l’actuelle Constitution de l’Afghanistan..

Lucienne Collet, membre du CA d’Afrane

commission culture et communication



*cf le dossier qui lui est consacré dans le n°122 (juillet 2008) des Nouvelles d’Afghanistan.