Les recommandations des ONG aux parlementaires


A la veille du débat parlementaire sur l’Afghanistan, de nombreuses ONG1 françaises qui travaillent depuis longtemps aux côtés des Afghans alertent les parlementaires français sur les dangers d’une lecture exclusivement militaire de la crise afghane et sur le nécessaire renforcement d’une aide humanitaire et de développement aux populations de l’Afghanistan.


Leurs principales recommandations sont les suivantes :


1) Les aides à la société civile et à la reconstruction demeurent les leviers essentiels du retour à la paix et du développement en Afghanistan. L’engagement pris lors de la conférence internationale du 12 juin dernier d’une augmentation de l’aide française à la reconstruction et au développement doit être mis en œuvre sans tarder. Plus généralement, les décaissements de l’aide internationale doivent gagner considérablement, non seulement en volume, mais en rapidité et en pertinence. Le processus de reconstruction ne doit en outre pas oublier les plus pauvres.


2) Les ministères afghans doivent être mis en mesure, grâce à une assistance technique appropriée, d’utiliser tous les crédits dont ils disposent (ce qui n’est pas encore le cas) et de le faire au profit des populations sans gaspillage ni détournement.


3) L’accroissement des besoins humanitaires due à la sécheresse et à l’augmentation importante des prix des produits alimentaires exige que restent en place des mécanismes d’aide d’urgence.


4) Les ONG soulignent que l’apaisement ne peut être attendu d’une victoire militaire mais ne peut résulter que d’une transformation politique, sociale et économique.

Les lenteurs dans les transformations de la société et de l’économie afghanes sont à l’origine des ressentiments donc de l’insécurité.


5) Les ONG souhaitent voir leur mission transférée à terme aux acteurs afghans, mais dans la situation actuelle elles estiment leur action indispensable et digne d’être soutenue.

Malgré les conditions difficiles de sécurité, de nombreuses ONG continuent de travailler auprès des populations afghanes dans des secteurs essentiels comme la santé, l’agriculture ou l’éducation. Les ONG signataires apportent une aide à 21 600 communautés rurales et dans toutes les grandes villes et contribuent ainsi à assurer la stabilité du pays. Elles participent au développement des compétences afghanes dans les domaines ou elles sont actives.


6) La distinction entre acteurs militaires et acteurs humanitaires doit être clairement affirmée dans les discours et dans les actes afin que les seconds puissent conserver leur capacité d’accès aux populations.

Fidèles à leurs principes de neutralité politique, ethnique et religieuse, les ONG réaffirment leur identité d’acteurs non gouvernementaux, attachés à apporter une aide impartiale et tournée vers la réponse aux besoins et aspirations de la population afghane. Le gouvernement doit veiller à ne pas assimiler l’aide apportée par les ONG à l’action conduite par « la coalition » ou par l’ISAF. Les forces armées doivent clairement identifier leurs activités comme des opérations militaires, communiquer en ce sens et éviter d’être confondues avec les acteurs humanitaires. Une telle confusion peut engendrer en effet au sein des populations une méfiance qui rejaillit sur l’ensemble des acteurs étrangers présents dans le pays, en contribuant à dégrader globalement le climat de sécurité.


7) L’action de la France doit être menée et présentée comme au service des populations, de la souveraineté afghane, des valeurs universelles.

Le conflit en Afghanistan comporte des dimensions économiques, idéologiques et culturelles. L’action de la France ne doit pas apparaître comme promouvant des intérêts qui seraient « siens », des valeurs qui seraient « siennes », une sécurité qui serait « sienne ». Une telle attitude engendrerait fatalement une incompréhension et une réaction de résistance. La concertation, le respect, la référence aux valeurs universelles, la vérification permanente que la population adhère dans sa grande majorité aux actions entreprises, sont indispensables.


Paris, le 15.09.2008





1Madera, ACF, Groupe URD, AFRANE, MSF, AMI, MRCA, MDM, Solidarités, Sport Sans Frontières, Handicap International.